Comme toujours après une élection, il ne faut pas s’en tenir aux pourcentages mais réfléchir à partir des chiffres bruts.

Le grand événement du premier tour des élections régionales du dimanche 6 décembre aura été les résultats du Front National. Avec 27,83 % des suffrages exprimés, nous ne sommes plus très loin du niveau atteint par le NSDAP lors des élections au Reichstag de novembre 1932 (33,1 %, en recul de 4 points par rapport à celles de juillet).

Mais, avec une abstention de près de 50 %, le score du Front National fond de moitié si on le rapporte aux inscrits: 13,32 %. Enfin, avec 6 004 482 de voix en France métropolitaine et outre-mer pour une population d’environ 66 millions d’habitants, c’est en réalité moins d’une personne sur dix qui a lâché sa crotte brune au fond d’un isoloir.

Pour arriver à ce résultat, il faut, bien entendu, considérer la totalité de la population vivant en France et dans ses possessions, et donc y inclure les étrangers et les enfants qui, comme chacun le sait, n’ont pas le droit de vote. Mais le nombre restreint de participants à la démocratie, que ce soit par une mise à l'écart « volontaire » (pour les abstentionnistes et les non-inscrits) ou imposée (pour les étrangers ou les moins de dix-huit ans) n’a rien pour étonner. Il est dans la nature de la démocratie, depuis sa création sur une colline athénienne, d’agir comme un dispositif d'exclusion. La démocratie a toujours été une forme d'oligarchie élargie qui ne méritait son nom que par comparaison avec des oligarchies plus resserrées.

Sur le fond, une victoire du Front National aux élections ne constituerait pas une telle rupture avec ce qui se fait déjà. Hollande est en train de mettre en œuvre le programme politique de Marine Le Pen et de Sarkozy. Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle de 2017, l’approfondissement des mesures policières et autoritaires est le futur annoncé de la démocratie française.

Mais aussi insignifiant que soit, en lui-même, l’acte de déposer un bulletin dans une urne, la montée électorale des populismes en France et en Europe est le symptôme d’un processus général: le monopole des idées d’extrême-droite sur le débat public. La récente mode, dans une gauche prétendument radicale, de décrire les rapports de classe avec les concepts de l’idéologie dominante, autrement dit en terme de « races », en est un autre symptôme inquiétant.