La création débridée de monnaie, seule manière d’éviter le blocage du système bancaire et monétaire en 2008, est depuis cette date une drogue dont les pays capitalistes avancés ne peuvent plus se passer.

L’équation est connue, et toujours aussi simple. Tant qu’on peut croire que le capitalisme produira suffisamment de valeur pour rembourser, non la totalité des dettes (objectif définitivement impossible à attendre, vu leur montant), mais une quotité suffisante de celles-ci pour créer plus de dette encore, la monnaie ne s’effondrera pas. Et de la valeur, de la vraie, c’est à dire de l’extraction de survaleur produite par du surtravail, le capitalisme mondial en crée encore, et beaucoup.

Mais de la valeur, il en faudrait des quantités astronomiques pour assurer la continuation du système de la dette. Ce n’est pas pour rien si des agences de notation, sur des critères calculés avant la crise, ont retiré leur triple A à la France ou aux Etats-Unis. Cela n’empêche pourtant pas ces pays d’emprunter sur les marchés financiers à des taux ridiculement bas, et ce n’est pas non plus un hasard. C’est justement parce qu’on n’imagine pas d’autre horizon possible que tous les acteurs économiques continuent à croire, jusqu’à l’absurde, en la possibilité de la valorisation future. Le capitalisme tire ainsi, de sa faiblesse, un force paradoxale : il ne subsiste que parce qu’on croit en lui, mais il a réussi à imposer la nécessité matérielle de cette croyance.