Il n'y a rien de plus faux que de prendre les ennemis de ses ennemis pour ses amis. Que les réactionnaires de tous poils se soient attaqués, de son vivant ou à sa mort, au président de la « République bolivarienne du Venezuela » n'est pas un argument pour le défendre.

Les luttes au sommet de l'Etat sont féroces et elles ne sont pas feintes. Elles expriment réellement des différences d’idéologie, de réseaux, de politiques entre des factions opposées. Mais que l'on change de focale et qu'on regarde les choses d'un peu plus loin et on comprend que les formes mêmes de cette lutte imposent une communauté d’intérêt entre tous les protagonistes. Dans tous les cas, la hiérarchie étatique et le mode de production capitaliste font de ceux qui s'affrontent les représentants et les défenseurs d'une même domination, celle qui est au fondement de ce qui fait leur pouvoir, y compris leur pouvoir de s'affronter.

Le vote en faveur de Chavez était en grande partie, c'est incontestable, un vote de classe : mais pour n'aboutir qu'à maintenir dans le giron de l'Etat ceux-là même que cet Etat oppresse. Chavez, militaire de carrière, était un ultra-nationaliste et un fervent catholique. L’exaltation de la religion et de la Nation se trouvaient magistralement réunies dans le même homme, et ce que le chavisme exprimait en matière de contestation sociale l'était par le prisme de ces idéologies. Actuellement, le successeur désigné de Chavez, Maduro, va jusqu'à le présenter comme un saint. Tout est dit.