Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

Anarcho-autonome :: Ni victime ni coupable (1)

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L’antiterrorisme n’est pas une exception



On sait que les procédures antiterroristes, expérimentées depuis longtemps contre les indépendantistes ou les islamistes, ont été étendues, depuis les lendemains de l’élection présidentielle, à des révoltes que l’État se contentait jusqu’ici de réprimer au moyen de ses tribunaux ordinaires. On sait également qu’à cette occasion a été popularisée une catégorie politicienne à finalité policière (à moins que ce ne soit l’inverse) : celle de l’organisation terroriste anarcho-autonome.

Le Syndicat de la magistrature et quelques autres associations d’oppresseurs de gauche du même genre n’ont pas manqué de critiquer l’usage de l’outil antiterroriste dans ce cas précis, en raison de la disproportion entre le moyen utilisé et la nature des infractions poursuivies, de simples sabotages et non des attentats. D’autres, plus intransigeants, sont allés jusqu’à remettre en cause l’existence même de la législation antiterroriste comme contraire aux principes du droit démocratique. Certains, enfin, les plus extrémistes, voient dans l’antiterrorisme et dans l’état d’exception devenu permanent un véritable « mode de gouvernement ».

Pourtant, l’antiterrorisme n’est en rien une exception : il est, au contraire, à l’image du fonctionnement ordinaire de l’État répressif. Pour s’en convaincre, il suffit de passer en revue les spécificités de la législation antiterroriste et de les comparer à celles du droit commun.

L’antiterrorisme donne des moyens supplémentaires à la répression : garde à vue de quatre jours, parquet unique à compétence nationale, juges spécialisés. Mais on retrouve le mêmes genre de dispositions pour le trafic de stupéfiant ou les infractions commises en « bandes organisées ». L’épouvantail du « terrorisme » a certes servi à imposer l’idée de ces régimes dérogatoires, mais ce procédé est lui-même très commun. Pour généraliser le recours aux prélèvements d’empreintes génétiques, c’est l’alibi du délinquant sexuel qui a été utilisé.

L’antiterrorisme repose sur un procès d’intention. Une même infraction sera réprimée plus durement si les juges estiment que ses motivations sont politiques et qu’elle a eu pour but de troubler l’ordre public par l’intimidation que si elle a été commise pour tout autre raison. Mais c’est le propre du droit pénal que de juger les intentions : homicide volontaire ou involontaire, crime perpétré avec ou sans préméditation, infraction en relation ou non avec des préjugés racistes, etc.

L’antiterrorisme crée une figure de l’ennemi intérieur, le terroriste, à qui l’État peut reprocher de faire ce qu’il s’autorise à lui-même dans des proportions bien supérieures. Un État peut tuer des non-combattants dans des bombardements, mais c’est un État, et quand il répand la terreur depuis le ciel, il n’est pas terroriste, bien au contraire : il lutte contre le terrorisme. En revanche, celle qui est accusée d’avoir tenté d’incendier une voiture de police est en prison depuis plus d’un an : c’est une terroriste. Mais ce procédé, bien réel, n’est pas propre à l’antiterrorisme. Le système judiciaire n’a pas seulement pour but d'intimider et d'emprisonner. Il doit également remplir la fonction politique de désigner les ennemis de l’État en leur donnant l’image qui lui convient. Créer des catégories est une part essentielle du travail répressif, et celle de terroriste n'est qu'une, parmi bien d'autre, de celles-ci.

On se fourvoie à dénoncer sans cesse « l’état d’exception » devenu « permanent ». Ce qui est permanent, c’est la dramatisation à outrance que le pouvoir organise pour faire progresser la répression ordinaire. Tantôt c’est le terroriste, tantôt c’est le nouveau barbare qui peuple les banlieues, tantôt c’est le délinquant sexuel : peu importe la figure ainsi mise en avant, de toutes façon les dispositions soi-disant particulières prises pour chacune d'entre elles seront progressivement étendues. La critique de l’antiterrorisme n’a de sens que si elle est la critique de la totalité répressive dont l’antiterrorisme n’est qu’une forme.
 
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Commentaires
1.   A.D.ndd,  samedi 31 janvier 2009 à 20:19

"dont l'anti-terrorisme n'est qu'une forme", une forme?
Peur-être, mais cette forme là, maintenant. Peu n'importe pas la"figure ainsi mise en avant", c'est au contraire l'essentiel, des catégories ou des sphères séparées : le délinquant sexuel dont la vie privée est inacceptable porte un préjudice indirect à la vie sociale, ses pulsions sont dangereuses. Les racailles concentrent sur eux la xénophobie, la crainte vis à vis de la jeunesse et la répugnance envers les chomeurs-:précaires-sans le sou" donc capables de je ne sais quoi.
Le terroriste, c'est encore aut'chose : le prototype fonctionnel peut se trouver chez Orwell (1984), c'est le criminel social désigné comme tel. Il veut détruire la société, et par voie de conséquence il signifie l'absurdité criminelle de toute tentative de changement, il représente l'ennemi proprement social, la négation de la civilisation, le nihilisme est son signe. Le terrorisme islamiste issu des conflits du moyen orient se présente plus positivement comme politique et militaire, guerre dans un monde en guerre.
L'actuel imbroglio entre forces militaires et police se double d'une intégration des polices privées et des armées privées(cf. Blackwater) en un contingent privé-étatique global qui est le dispositif forcément adéquat de fluidification et de maintient de l'ordre existant, police-milice-armée et humanitaire : la répression -l'intervention non partout mais, partout possibles (Cf A fair amount of killing de Alcuni fautori di communizzazzione +t.c.& Moyen-Orient 1945-2002- histoire d'une lutte de classe ed.senonevero- Théo Cosme )
Salutations

 
2.   charles,  mercredi 4 février 2009 à 12:34

certes l'antiterrorisme n'est qu'un prolongement du droit classique, et pas son antithèse (au passage, c'est d'ailleurs en cela qu'il est un mode de gouvernement). Mais, si c'est bien ce que promeut de ce texte, ça serait une erreur de refuser de penser ce qu'il a de spécifique, ce qu'il annonce comme recomposition au sein du droit classique.

96h ou 144h de GAV à levalois perret, ce n'est pas la même chose que 24 ou 48h dans un commissariat ; l'association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste, ce n'est pas une circonstance aggravante comme la bande organisée, c'est une infraction à part entière qui peut conduire à des années de préventive sans qu'aucun autre délit n'ait été commis ; la figure du terroriste ne fait pas jouer les mêmes ressort que celle du barbare de cité (comme le fait remarquer le message précedent) ; etc.

identifier ce qui se joue autour de l'antiterrorisme, comme autour des autres dispositifs "d'exception" type état d'urgence, association de malfaiteur, rétention de sureté, etc., ce n'est pas défendre le droit classique, ça devrait même être au contraire l'occasion de pointer que le droit n'est qu'un mode de gouvernement, qui s'adapte à la situation qu'il est censé administrer. ce qui nécessite de prendre la critique là où elle émerge, dans la phase mouvante de recomposition juridique actuelle, au sein de la tension qui se manifeste dans la transition entre deux modes de gouvernement.
Si on reste extérieur, si on refuse de plonger dans la bataille parce qu'on risque d'y croiser des "oppresseurs de gauche", on peut toujours critiquer de loin, avec l'assurance d'avoir raison quand on assène que le véritable ennemi, c'est l'état et le capital. je souhaite bien du courage à celui qui pense opérer sur le monde à partir de cette position...

 
3.   A.D.ndd,  mardi 10 février 2009 à 20:07

De loin ou de près c'est pareil

Des oppresseurs de gauche je sais, ils ne resteront pas avec moi. Et quand il s'agit de plonger, je tiens à savoir dans quel milieu. J'y suis déjà, de près, de loin, je ne vois pas. le véritable ennemi n'est pas, pas besoin de l'asséner, n'est ni l'état, ni même le capital, mais ce qui les fondent et présupposent, aussi bien de cette contradiction centrale qu'est l'exploitation dans la période actuelle surgit la possibilité de l'abolition de l'exploitation et des classes, fin des luttes de classes, c'est encore autre chose qu'une opération sur le monde, c'est une sortie d'une grande période d'histoire de l'Histoire, et du courage il en faudra, on est d'accord...sur ce point

 
4.   peu importe,  mercredi 11 février 2009 à 23:02

de loin ou de près c'est pareil...quand on est bourré.

 
5.   Le Naufrageur,  mercredi 18 février 2009 à 20:19

Salut à vous

L'état d'exception, d'un point de vu juridique est une notion qui se mord la queue : comment légiférer sur les possibilités d'enfreindre légalement le droit ?
La question de l'antiterrorisme est également une notion intéressante quand elle est pensée par rapport aux nouveaux espaces politiques : démantèlement de l'État Providence et trahison des partis de gauche et des syndicats. Dès lors, s'il y a radicalisation des luttes de faon non instituées, il faut délégitimer ces formes de luttes (d'où antiterrorisme...) qui échappent aux cadres conventionnels et représentent par-là même une menace pour les pouvoirs en place, tant politique que syndicaux.
C'est le sujet de mon dernier billet : "Anarcho-autonome" ou gauche décomplexée ? ex-croissance.over-blog.o...

Cordialement

 
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