Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

Obama vs Mac Cain :: L’antiterrorisme n’est pas une exception

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Anarcho-autonome

L’appellation « anarcho-autonome » est une catégorie policière, qui, comme pour toute pensée qui émane de la police, poursuit un but précis : la répression. L’assignation de cette dénomination composite à des individus et des pratiques qui traversent les luttes dans l’Europe d’aujourd’hui répond à la logique d’un pouvoir qui sait qu’il faut imposer sa vision des choses pour gouverner les consciences. Ce n’est pas seulement la teneur de l’appellation qui est contestable, mais aussi le fait de nommer ce qui n’a pas choisi de se nommer soi-même. Donner un nom à ce qui ne n’en a pas pour lui attribuer des caractéristiques qu’on aura soi-même définies, c’est du travail de flic, ou de sociologue.

Il y a, certes, des collectifs plus ou moins larges qui se sont constitués au cours des luttes : autour des luttes des sans-papiers, des luttes contre l’enfermement, des luttes pour le logement, des luttes de chômeurs, des luttes contre tel contrat de travail, des luttes contre les violences policières, des luttes contre la répression, etc. – collectifs qui se forment, se délitent et se reforment au gré des circonstances, et qui ne sont jamais reliés à un quelconque point central ni à une idéologie unique, mais au contraire traversés d’analyses théoriques diverses, quand bien même, par hypothèse, ces analyses convergent toutes en ce qu’elles contestent l’existence du monde tel qu’il est. On y trouve entre autres des prises de position contre le capital, contre la marchandise, contre l’Etat, contre la démocratie, contre les syndicats, contre les formes traditionnelles de la représentation et de l’action politique, etc. On peut donc, en effet, désigner cette réalité-là en l’appelant une « mouvance », à condition de se souvenir qu’une telle « mouvance » n’est pas constituée autour d’une idéologie ou d’une offre politique qui lui auraient préexisté, mais à la suite de luttes présentes et passées, et comme la continuation de regroupements que ces luttes ont créés.

Dans ces collectifs et cette mouvance circulent un certain nombre de pratiques (assemblées, occupations, blocages, affrontements, sabotages, etc.), dont aucune n’est subversive ou « radicale » par elle-même, tant il est vrai que ce n’est jamais un acte en tant que tel qui est radical, mais toujours un acte dans une situation donnée. Et ces mêmes pratiques se retrouvent aussi ailleurs, en dehors de ces collectifs ou de cette mouvance, et ce tout simplement parce que ces pratiques naissent au cœur de la lutte et de la rébellion, et que personne n’en est propriétaire.

Dans cette mouvance circulent également des individus, qui se rencontrent parfois, mais tout aussi souvent s’ignorent, qui peuvent se croiser sans se connaître, ou au contraire se retrouver dans telle ou telle circonstance. Certains vivent ensemble et mettent en commun un certain nombre des moyens dont ils disposent. Rien de plus banal en vérité, sauf quand la police décide que les fréquentations de tel ou tel sont la preuve de son appartenance à une supposée organisation à vocation terroriste.

Le délit d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste fonctionne ainsi. Connaître quelqu’un, c’est être son complice. Posséder tel livre, ou tel tract, c’est en partager tous les points de vue, et certainement aussi tous les objectifs. Participer à telle lutte, c’est être considéré comme pénalement responsable de tous les actes qui auront été commis au cours de la lutte en question, et même au-delà. L’existence d’une telle responsabilité collective a évidemment pour but d’intimider ceux que le pouvoir a ainsi décidé de cibler. L’efficacité de cette politique a pourtant une limite évidente : c’est que la révolte est un fait social, et qu’elle ne se laissera jamais circonscrire à un groupe, un milieu ou une mouvance quelconque.

C’est pour cela que cette mouvance doit se comprendre elle-même comme la partie d’un tout qui la dépasse et l’englobe. C’est pour cela que cette mouvance ne peut se constituer en force matérielle autonome : parce que, pour modifier les rapports sociaux, elle ne dispose d’aucune force qui lui soit propre, et que sa puissance éventuelle ne peut lui venir que de ce dont elle est un symptôme, le rapport conflictuel entre des classes antagonistes. Pour cette mouvance, n’être qu’elle-même, c’est se condamner.
 
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Commentaires
1.   A.D.ndd,  vendredi 5 décembre 2008 à 19:23

Bergers et troupeaux

Nos pâtres, nos bons pasteurs, veillent sur nous troupeau confus, si résigné que s'en est louche. Ces bergers sont humains, bien sûr le troupeau également. Il y a ceux d'une autre classe, d'une grande classe qui ont le pouvoir et la classe naturellement, eux les servants gestionnaires aux doigts desquels brillent les bagues de prix, ou dont les poignets exhibent de rutilantes tocantes, tissus précieux, pompes choisies...coktail, soirée chic, presse de marché, conseils d'administration, communication, brain-storming, maquillage, les ors de la république.
La police et les services de gendarmerie, le renseignement aiment à servir ces représentants, qui sont leurs représentants aussi, ils aiment obéir puisqu'élevés dans cet amour, ils n'attendent que ça, d'ailleurs ils ne savent que ça.
Le 12 octobre 1944 C.de Gaule décorait collectivement la police de la Fourragère rouge et de La croix de guerre. Et il bien vrai que son mérite fut grand lors de la période de l'Occupation.
La police a obéi et obéira encore, bien que certains policiers puissent tourner casaque. Je ne parlerai même pas de la gendarmerie...

Selon le Canard enchaîné (Mercredi 3 décembre2008; p.4; article "L'ultra-droite injustement oubliée"signé B.Rossigneux):
"Mars 2004: incendie de mosquée à Annecy et Colomiers. Parmi les fondus, un caporal du 27 BCA. En avril profanation ...Le même mois arrestation à Châteauroux du "groupe Epervier" soit 15 militant que le proc; qualifie de néo-nazis. On découvre de vrais arsenaux chez eux. Seul le chef est placé en détention provisoire. L'année suivante, six autres militants, dont deux gendarmes en activité se font pincer après avoir attaqué une famille d'origine marocaine. Matériel et drapeau nazi sont saisis à leur domicile...Le 29 mai(2008) RPIMA..."
Sarkosy avait comme mentor C. Pasqua, celui-ci est une des lumières du SAC, officine barbouze gauliste, le ministre Darcos est un proche du Club de l'horloge et de l'Opus Dei, la conseillère Mignon, le député umpiste Lefevbre, Dati, les Hortefeux et toute cette crème, catho-républicains de droite n'ont de toutes façons ucun souci à se faire: la"Mouvance Anarcho-autome" ce n'est que trois cents paumé(e)s, aucun danger, de ce côté-là!
Lire:J.Luc Einaudi-M.Rajsfus: Silences de la police16 juillet 1942-17octobre 1961: Ed L'esprit fappeur; au sujet du Ministre Darcos, regardez sur le net.

 
2.   Antoine,  lundi 9 février 2009 à 14:19

Cher Monsieur,

Je me permets d'intervenir sur votre blog pour vous dire ce que je penses de votre texte sur l'état d'exception. Vous semblez ne pas avoir lu Giorgio Agamben ni Carl Schmitt qui sur une question de cette nature, sont des auteurs incontournables. Ainsi quand vous dîtes que l'anti-terrorisme n'est qu'une des formes de la répression, vous oubliez que c'est l'état d'exception et non le droit commun qui détermine la "totalité répressive" comme vous dites, que le droit commun est tout entier déterminé par cette légalité d'exception. Vous ne semblez pas comprendre que le souverain ( L'Etat, le parlement, le gouvernement ) est souverain du fait même qu'il se place au-dessus de toute légalité et à tout moment du processus de gouvernance. Ainsi, en rabattant cette totalité répressive dans le domaine purement légal ou dans une critique anarchisante de la légalité, votre critique du droit reste entachée d'idéalisme. Je sais que vous êtes un fervent démolisseur de la "démocratie", j'ai lu votre brillant opuscule. Mais vous n'avez pas encore atteint le noyau fondamental du droit, son contenu éthique, qui est bien autre chose que l'expression historique d'un Etat. Relisez Marx et sa critique de l'Etat, vous y trouverez les éléments d'une conception matérialiste du pouvoir, d'où chez lui, une conception du communisme anti-idéaliste, refusant les raccourcis idéalistes des anarchistes sur le pouvoir.

Bien à vous et continuez votre travail.

Antoine ( l'auteur est une fiction ).

 
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