Evidemment, il y a des choses qui sont faciles à critiquer, chez Sarkozy. Son côté bling-bling, showbizz, exhibitionniste même, son auto-augmentation de salaire, ses amitiés avec les grands patrons, sa manière de se faire prêter, par des milliardaires français ou étrangers, des avions, des yachts, des villas... Les politiciens de gauche ne se privent donc pas de dénoncer les dernières vacances sarkozystes. Royal parle de « la dignité de la fonction présidentielle ». Montebourg s’interroge sur les « contreparties » exigées par Bolloré pour les largesses dont il fait bénéficier le président. Le porte-parole du PS déplore « le mélange des genres », le Parti communiste appelle Sarko à « de la retenue », et Krivine voit dans ce séjour en Egypte une « provocation ».

Il y a aussi chez le président nombre de déclarations intempestives qui peuvent focaliser les critiques. Sans remonter au discours de Dakar, où Sarkozy parlait de « l’homme africain » dans des termes qu’on n’avait plus entendu depuis la Troisième République, on pourrait citer ses récents propos au Vatican sur la « laïcité positive ». Même Bayrou, pourtant démocrate-chrétien, s’est déclaré choqué.

Pourtant, on n’entend guère l’opposition sur un certain nombre de sujets autrement plus importants en ce sens qu'ils ne sont pas que des effets de style ou de langage mais correspondent à des actes positifs du pouvoir. Qui parle encore du fichage ADN généralisé, étendu par Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, à toute sorte de crimes et de délits, et qui fait que, pour un simple tag sur un mur, ou même pour le soupçon d’un tag, on peut être fiché tout à fait légalement pendant quarante ans ? Qui parle encore des peines plancher pour les récidivistes adoptées cet été ? Qui parle encore de la généralisation des caméras de vidéosurveillance, déjà nombreuses pourtant, exigée par Alliot-Marie ? Qui parle encore de l’occupation militaire de Villiers-le-Bel avec les snipers du Raid sur les toits et les hélicoptères en vol stationnaire au dessus des tours ?

Quelques marginaux à la voix solitaire, peut-être. Mais pas les socialistes en tout cas, puisque que de toute façon ils sont prêts à mener la même politique. Et pour cause, ce n’est pas la politique de la gauche ou de la droite, c’est la politique de l’Etat, la politique exigée par un monde où il y a des Vincent Bolloré et des Falcon d’un côté, et des myriades de prolétaires de l’autre. Et les prolétaires, c’est comme les moutons, il faut bien les faire garder par les chiens. Et s’il leur vient à l’idée de ne pas se contenter de leur sort, il faut leur faire comprendre qui est le maître, et la justice et la police sont là pour ça. Et ça ne concerne pas que la France, et ça ne concerne pas que Sarkozy, et ça ne concerne pas que les socialistes.

Alors, Cécilia ou Carla, Disneyland ou Louxor, yacht ou jet privé... Le spectacle de la médiocrité de l’individu Sarkozy n’est significatif qu’à titre de symbole, et on sait qu’il ne suffit pas de s’en prendre à des symboles. Ce qu’il faut surtout, c’est détruire ce dont ils ne sont que la représentation.