Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

Provocation :: Poudre aux yeux

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Le client est roi. Cette formule, si familière à n’importe quel petit commerçant, pourquoi Sarkozy ne la ferait-il pas sienne ? Qu’il soit roi ou plus simplement « Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste », les désirs du client sont des ordres. On a donc pu voir, pendant quelques jours, Kadhafi se foutre ouvertement de la gueule de la République Française, avec tout ce que ce spectacle avait de jouissif, parce que Sarkozy avait décidé qu’il n’y avait rien de plus important que de signer de mirobolants « contrats ». Le dîner officiel donné à l’Elysée, déserté par les politiques, était peuplé des représentants d’Areva, Suez, Thalès, Total, GDF, Dassault, Vinci, EADS ou Airbus. Bien entendu, les fameux « contrats » se sont révélés bien moins juteux que ce que Sarko prétendait. Dans ce domaine comme dans d’autres, c’est la surenchère qui prévaut. Mais on ne fera pas au président une mauvaise querelle de chiffres, car ce qui compte, dans son geste, c’est moins le résultat que l’effet produit. Un député de droite, en évoquant la réception de Kadhafi à l’Assemblée, a parlé de « vaste entreprise de prostitution collective ». Cet homme va trop loin. La prostitution, la vraie, n’a rien de déshonorant.





Comme tout VRP qui se respecte, à la fin de la semaine, Sarkozy va se reposer. Il est donc assez naturel de le retrouver à Eurodisney pour le week-end, et, comme il faut rentabiliser aussi le temps du loisir, il est naturel également que ce soit là le moment de mettre en scène, devant les photographes, la liaison du président avec une quelconque mannequin, à moins que ce ne soit une quelconque vedette de la chanson, ou plus ou moins les deux. Là encore, comment s’étonner ? Dans les années soixante, quelqu’un avait déjà pu écrire que « les vedettes existent pour figurer des types variés de style de vie et de styles de compréhension de la société, libres de s’exercer globalement. Elles incarnent le résultat inaccessible du travail social, en mimant des sous-produits de ce travail qui sont magiquement transférés au-dessus de lui comme son but : le pouvoir et les vacances, la décision et la consommation qui sont au commencement et à la fin d’un processus indiscuté. Là, c’est le pouvoir gouvernemental qui se personnalise en pseudo-vedette ; ici c’est la vedette de la consommation qui se fait plébisciter en tant que pseudo-pouvoir sur le vécu. »

Président, mannequin, chanteuse, guide de la grande révolution de la grande Jamahiriya, etc, tous ces gens sont plus ou moins les mêmes, et deviennent effectivement plus ou moins interchangeables. Pourquoi, demain, Carla Bruni ne siégerait-elle pas à l’Elysée, pendant que Sarkozy irait défendre les masses arabes dans le désert et que Kadhafi entamerait une carrière de crooner à l’Olympia ? Pourquoi pas ? Est-ce que ce serait si différent de ce qu’on voit déjà ? Si invraisemblable ? Si loin de tout cela ?

« There’s no bizness like show bizness », disait-on autrefois. « Les temps changent » osent maintenant affirmer les commentateurs devant l’étalage vaudevillesque de la vie privée du président. Non, ils ne changent pas, bien au contraire : ils restent désespérément les mêmes.



 
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Commentaires
1.   Cobab,  mercredi 19 décembre 2007 à 00:39

Au moins MK nous aura fait marre — tandis que Bruni a m'endort. Il a vraiment un culot pas possible, surtout quand l parle des droits des étrangers ici, alors que c'est à lui qu'on sous-traite leur mise en camp…

Bref, content de te lire en tout cas.

 
2.   AD,  mardi 25 décembre 2007 à 17:36

La Belgique
La Belgique n'a pas eu d'état pendant six mois, et alors...
Rien; coupez le courant six heures, les trains six minutes on verra vite le résultat.
Proposition: un GVT six mois sur douze, le moindre mal..
A.D. Vive les pétroleuses! N.D.D

 
3.   marc porta,  samedi 29 décembre 2007 à 20:34

En parlant de la visite de cinq jours du nouveau grand ami de la France, voici un court extrait d’un article signé Massimo Nava pour le Corriere della Sera :

"Au lendemain de son élection, Nicolas Sarkozy avait promis que la France serait "du côté des opprimés du monde" ; or il a été le premier chef d’Etat à féliciter Vladimir Poutine pour la victoire de Russie unie aux législatives. En visite à Pékin, le président français, faisant allusion à Taïwan et au Tibet, a rappelé qu’"il n’y a qu’une seule Chine". Préoccupé, comme on peut le comprendre, par le sort d’Ingrid Betancourt, il a reçu avec les honneurs le président du Venezuela, Hugo Chavez. Reconnaissant pour la libération des infirmières bulgares, il a chaleureusement accueilli le leader lybien Muammar Kadhafi. Aux naïfs et aux idéalistes on répondra que cette logique de politique étrangère incarnée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy a pour nom realpolitik. On peut protester haut et fort quant au sort fait à la Tchétchénie, mais c’est de Russie que proviennent gaz et pétrole. On peut être solidaire des moines birmans, mais leur avenir dépend de la Chine et de l’Inde, les nouveaux géants de la planète. C’est ce qu’a si bien compris Nicolas Sarkozy."

 
4.   marc porta,  samedi 29 décembre 2007 à 20:35

Et en voici un autre, un peu plus long, écrit par Joseph Hanimann pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung : "Kadhafi scelle la fin des intellectuels"

"On savait depuis longtemps que, même en France, les protestations d’intellectuels ont perdu de leur impact. On vient d’en avoir la confirmation. Au beau milieu du tollé suscité par la visite d’Etat de l’autocrate libyen Kadhafi, Bernard Kouchner a eu une phrase lourde de sens. Le temps est venu des négociations politiques, a-t-il déclaré, où les principes moraux n’incarnent qu’une demi-vérité. Realpolitik ? Non : pour le ministre que la politique étrangère sans scrupule de Sarkozy rend de plus en plus nerveux, l’autre demi-vérité est celle des résultats concrets - libération des infirmières bulgares en été, visite d’Etat en automne. Il faut regarder vers l’avant. Donc, oui, realpolitik.

Avec cette visite de Kadhafi, Sarkozy met à rude épreuve la conscience et l’intégrité morale de ses partisans issus des rangs intellectuels. Des personnalités qui n’ont jamais penché en sa faveur et qui, face à ses réussites concrètes de ces dernières semaines, ne pipaient plus mot recommencent soudain à donner de la voix. "Dans le pays des droits de l’homme, il y a là quelque chose qui ne passe pas", déclare Bernard-Henri Lévy : "On n’invite pas en visite d’Etat un grand terroriste ou un preneur d’otages international."

Ce n’est pas le fait que l’on reçoive un dictateur qui serait scandaleux, mais la manière de le faire, "avec la pompe protocolaire et de surcroît pour la journée internationale des droits de l’homme", s’insurge Pascal Bruckner. On ne trouverait là que peu de traces de la rupture annoncée avec l’ancien cynisme d’Etat. Faut-il donc reprendre les appels à la protestation ? "Plus que jamais", assure Bruckner, "plus on crie fort, plus on a de chance d’être entendu, y compris par Sarkozy."

La pilule est dure à avaler pour ceux qui avaient soutenu le candidat Sarkozy, tel André Glucksmann. Jamais on ne les a aussi peu entendus. L’empressement du président français à féliciter Vladimir Poutine pour sa victoire aux élections parlementaires russes a déjà été une "déception" pour le philosophe. Aujourd’hui, il juge désastreux que Kadhafi se voie offrir une tribune politique à l’Elysée et à l’Assemblée nationale. Les intellectuels français tels Glucksmann étaient habitués à voir réagir les hommes politiques à leurs protestations. Le mépris et la suffisance de Sarkozy bousculent leurs vieux schémas.

Toutefois, les protestations les plus violentes contre la visite d’Etat du dirigeant libyen ne sont pas venues des cercles d’intellectuels mais du gouvernement lui-même. Le commentaire sans ambiguïté de la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade, pour qui la France "n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang et de ses forfaits", a largement été repris par les opposants à cette visite. C’est là qu’apparaît la véritable "rupture" du nouveau président. Son gouvernement ne détermine pas seulement la politique du pays, il fournit en prime la critique. La realpolitik à laquelle Sarkozy initie les vieux idéalistes et ses nouveaux alliés ne se déploie pas dans la discrétion feutrée des salons gouvernementaux mais dans les médias, où les intellectuels étaient autrefois chez eux. Le problème est que cette conduite nuit autant à la crédibilité des intellectuels qu’à celle du président."

 
5.   Cobab,  samedi 12 janvier 2008 à 12:47

AD : et encore ! Ils ne se sont décidés à en former provisoire (jusqu'en mars) qu'en décembre, uniquement pour préparer le budget !

 
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