Le blog de Léon de Mattis, l'auteur de "Mort à la démocratie"

 

Dans le gaz :: Pas « démocratique » : et alors ?

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Mouvement social




Cette semaine apportera un début de réponse à la question : comment l’exécutif va-t-il réagir à la contestation qui s’annonce ?

Comme toujours, Sarkozy joue sur différents tableaux : fermeté apparente et négociations en parallèle. Il cède sur toute la ligne face aux pêcheurs. Dans les transports, son gouvernement s’emploie avant tout à diviser les syndicats en négociant avec certains plutôt que d’autres. Pour la justice, Dati a recours à un vieux truc: ne pas annoncer toutes les mesures de suppression en même temps. Dans l’éducation, on fait mine de voter une rallonge pour les universités et on essaie de mettre l’Unef au pied du mur.

Il y a une certaine marge de manoeuvre. Les syndicats, qui comme toujours défendent leur position de représentants du mouvement avant d’être au service de celui-ci, se soucient de « légitimité » ou « d’opinion publique ». Ils s’arrangent pour que tous les conflits ne tombent pas en même temps et, surtout dans les transports, sont prêts à céder rapidement : mais encore faut-il qu’on les y aide. Or, même les dirigeants d’un syndicat aussi jaune que la CFDT ne cessent de répéter que le gouvernement pousse les travailleurs à la grève. Simple volonté de faire monter les enchères ? Peut-être. Mais on ne peut pas exclure l’hypothèse que, tout en satisfaisant à l’avance quelques uns pour éviter l’addition de trop de mécontentements divers, le pouvoir ait choisi l‘épreuve de force.

Il y a en effet une nécessité structurelle à celle-ci.

Les six mois qui ont suivit les élections présidentielles ont été, pour Sarkozy, comme une sorte de continuation de la campagne électorale. Déplacements en province, discours sur les valeurs morales, rencontre avec la population, séparation-réconciliation-divorce, libération d’infirmières bulgares et d’hôtesses de l’air espagnoles. Le disque est toujours le même, et tous les comédiens savent que le meilleur des spectacles finira par lasser. Non pas que « l’illusionniste devra descendre de scène » (1) puisqu’en démocratie l’illusion n’a pas de fin, mais plutôt que, pour Sarkozy, il sera nécessaire de la renouveler.

Il serait en effet naïf de ne voir dans l’illusion démocratique qu’un mensonge que la réalité pourrait démentir. Dans son domaine, l’illusion démocratique est une vérité. Simplement, elle se doit d’obéir aux stricts impératifs qui lui sont dictés par la loi de la valorisation du capital. Sarkozy, incapable de changer quoi que ce soit à la réalité de l’exploitation et de toute façon, dans son cas, fort peu désireux de le faire, ne trouvera de débouché pour donner un soupçon de consistance à l’action de son gouvernement que dans l’exaltation symbolique et réelle de la violence d’Etat. La ficelle est grosse et fut celle, en leur temps, du fascisme et du stalinisme. Elle sera réutilisée à la mode démocratique, c’est à dire avec ce qu’il y faut de modulation et de souplesse, mais ce sera celle-là. Tout le discours de la droite sarkozyste, en concordance sur ce point avec celui des conservateurs mondiaux de tous poils, est imprégné de cette nécessité.

Pour le dire autrement, et de manière plus simple, pour se faire réélire, Sarkozy ne pourra compter que sur un argument : j’ai dit que je serai ferme et je l’ai été, donc je suis un homme qui tient parole. Il lui faudra donc impérativement, d’ici à 2012, briser un mouvement social, ou donner le sentiment de l’avoir fait.



(1) La citation est de Le Pen. Un milliardaire raciste qui prétend défendre les « petites gens » devrait pourtant s’y connaître, en mensonges...
 
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Commentaires
1.   nad,  mercredi 6 juin 2012 à 13:11

je suis en train de lire le blog en entier (honte sur moi de ne pas l'avoir suivi au fur et à mesure). Mais l'hypothèse que tu soulève, fait bien sourire 5 ans après.

 
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