C’est un détail, et pourtant il veut tout dire. Selon le Canard enchaîné du 7 novembre, après le grave accident consécutif à une explosion de gaz à Bondy le 29 octobre dernier, les premières ambulances étaient accompagnées de motards de la gendarmerie qui leur ouvraient la route. Puis ces motards ont été réquisitionnés pour assurer l’escorte du premier ministre et du ministre de l’intérieur qui venaient s’exhiber sur les lieux de la catastrophe.

Il ne s’agit pas de s’offusquer ici de la conduite des charognards gouvernementaux. La présence des deux politiciens n’avait d’utilité pour personne, sinon pour eux. Que la nécessité, pour Fillon, d’essayer d’exister médiatiquement dans l’ombre du Président de la République conduise à rallonger les temps d’évacuation des blessés, ce n’est là que le fonctionnement ordinaire de cette démocratie dont on nous rebat tant les oreilles. Il y a les gens importants, les ministres, qui ne se déplacent qu’avec la pompe due à leur rang, et il y a les autres. Les autres n’ont qu’à crever.

Mais il faut voir dans cette affaire un symbole. On justifie parfois l’existence de la police par les services qu’elle rendrait à la population - protéger les faibles, sauver des vies, assurer l’ordre. La plupart du temps se cache derrière ces mots l’ordinaire du service policier : répression, contrôle au faciès, matraque, etc... Il arrive pourtant qu’on fasse accomplir à la police ou la gendarmerie des tâches véritablement utiles, histoire de justifier un peu leur existence, et tout cachant que ces même tâches pourraient facilement être accomplies par d’autres. L’alibi, cependant, ne tient jamais très longtemps. Il cède immédiatement devant ce qui est la tâche véritable de toute police : être avant tout au service des puissances arbitraires qui nous gouvernent.